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Assistante sociale, Charline Olivier publie des ouvrages d'introduction au travail social. © DR

Rencontre avec une plume du travail social, Charline Olivier

Assistante sociale depuis 20 ans, Charline Olivier donne à voir la complexité et les évolutions de ce métier dans des récits basés sur son expérience personnelle.

 

 


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Dans son dernier livre, La rencontre au cœur du métier d'assistant social, paru en 2020, Charline Olivier, assistante de service social aujourd'hui intervenante sociale en gendarmerie (ISG), se souvient notamment de ses premières années d'exercice, en polyvalence de secteur. Interview.

 

Quel regard portez-vous sur la jeune professionnelle que vous étiez ?

J'ai été diplômée à 22 ans. Je n'avais peur de rien et je débordais d'énergie. Avec le recul, j'ai conscience que je manquais terriblement d'humilité. Mon modèle, c'était Joëlle Mazart, l'héroïne de la série Pause Café : chaque jour, elle apportait aide et réconfort aux plus faibles.

 

J'ai eu la chance d'être "éduquée" par l'équipe de l'antenne départementale où je travaillais, dans un quartier difficile de Rennes. L'ambiance y était soudée, familiale. Pendant longtemps, cela m'a portée. Mais au bout de 12 ans, j'ai fini par étouffer.

 

À cause de la complexité des situations ?

Les succès quotidiens et la douceur de Joëlle Mazart, c'était une vision idyllique. La vérité, c'est que certaines rencontres abîment, déstabilisent. Que les accompagnements ne se terminent pas toujours comme on espère.

 

À la longue, malgré la supervision, malgré le travail d'équipe, j'avais développé une image très dépréciée de moi-même, j'avais l'impression de tout rater.

 

Au point d'envisager de changer de métier...

Oui. J'ai obtenu une disponibilité pour entamer des études de criminologie, mais la fac m'a recalée. Alors j'ai fait de la formation, des enquêtes sociales pour le tribunal et j'ai décroché un mi-temps comme intervenante sociale en gendarmerie (ISG).

 

En parallèle, j'ai commencé à écrire des chroniques pour le site Rue89. Chacune recevait des dizaines de commentaires et c'est en y répondant que je me suis rappelé que j'adorais ce métier. À force de me replier sur mes doutes, je l'avais oublié. Puis, entre 2015 et 2017, j'ai travaillé au centre pénitentiaire de Rennes, où j'ai tout réappris : à me taire, à ne pas occuper tout l'espace, à respecter le temps et le rythme de l'autre.

 

Aujourd'hui intervenante sociale en gendarmerie, vous avez trouvé votre place ?

Ces dernières années, j'ai beaucoup bougé. À chaque fois, j'ai dû me réadapter à une nouvelle équipe, un nouveau cadre "missionnel" : je suis qui, où, pour faire quoi, je parle à qui... La toute-puissance guette tous les travailleurs sociaux, et c'est le meilleur moyen de s'en débarrasser.

 

En tant qu'ISG, j'accueille, j'écoute, j'oriente. J'analyse la situation avec les gens, je leur montre les options qui s'offrent à eux, je leur redonne du pouvoir d'agir. Mais je n'ai pas la charge de les protéger. Je ne suis que de passage dans leur vie, c'est plus humble, moins lourd et ça me convient. Le travail ne me dévore plus.

 

À qui vos récits sont-ils destinés ?

Au grand public, pour lui faire connaître ce métier. Le travail social doit accepter de se montrer, sinon on reste dans le registre de l'émotion, qu'on parle de l'affaire Marina Sabatier ou de la trajectoire des frères Kouachi. Or c'est précisément ce qu'il faut dépasser pour décortiquer, comprendre et progresser.

 

Aux jeunes professionnels, je veux dire qu'il ne faut pas hésiter à s'impliquer, à bouger, à se planter, que ce métier peut faire mal. Qu'on n'en sort pas indemne mais grandi.

 

 


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En savoir plus

La rencontre au cœur du métier d'assistant social, Érès, 2020. Derrière les murs : surveiller, punir, réinsérer ? La place du travail social en prison, Érès, 2018.

 

 

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